Comment étaient habillés les gens en 1920 ?
En 1920, la garde-robe courante ne ressemble pas aux clichés Charleston et Gatsby que le cinéma a gravés dans l’imaginaire collectif. La silhouette flapper, jupe au genou et taille très basse, ne se généralise qu’autour de 1925-1926. Au début de la décennie, nous observons une transition encore marquée par les codes vestimentaires de l’après-guerre, avec des coupes plus longues et des corsages simplifiés.
Sous-vêtements et infrastructure du vêtement en 1920
La silhouette des années folles repose sur une pièce que la plupart des articles grand public ignorent : le soutien-gorge bandeau qui gomme la poitrine. Sans cette infrastructure, la ligne tubulaire caractéristique de la décennie est impossible à obtenir.
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Au début des années 1920, le corset n’a pas encore totalement disparu. Il se raccourcit, descend sur les hanches, et cède progressivement la place à des gaines souples et à ces bandeaux de poitrine conçus pour aplatir le buste. L’objectif est une silhouette androgyne, un torse lisse sur lequel les robes droites tombent sans marquer la taille.
Cette évolution technique conditionne tout le reste. Les étoffes ne sont plus structurées par un buste corseté mais par la fluidité du tissu lui-même. Le crêpe de Chine, le jersey et la mousseline remplacent les taffetas rigides précisément parce que le corps sous-jacent a changé de forme.
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Tenue quotidienne des femmes : la transition 1918-1922
Nous insistons sur ce point : la mode féminine de 1920 reste prudente comparée au milieu de la décennie. Les robes descendent encore à mi-mollet, parfois plus bas. La taille commence à migrer vers les hanches, mais elle n’atteint pas encore le niveau très bas que l’on associe au style garçonne.
Les corsages se simplifient. Les manches longues reculent au profit de manches trois-quarts ou courtes pendant la belle saison. Les ornements lourds de la Belle Époque (dentelles superposées, broderies volumineuses) laissent place à des motifs géométriques inspirés de l’Art déco, plus épurés.
Tissus et coloris du quotidien
Le jersey, popularisé par Coco Chanel dès la fin des années 1910, gagne du terrain dans le vestiaire courant. Les lainages souples, le crêpe et la gabardine dominent les tenues de jour. Les coloris restent sobres en journée (marine, noir, beige, gris) tandis que les teintes vives et les broderies à perles sont réservées aux tenues du soir.
- Robes de jour en jersey ou gabardine, coupe droite descendant au mollet, ceinture souple marquant les hanches plutôt que la taille naturelle
- Ensembles jupe et cardigan portés pour les activités sportives et les loisirs, signe direct de l’émancipation par le vêtement
- Robes du soir en crêpe de Chine ou mousseline, ornées de perles et de franges, mais encore relativement longues en tout début de décennie
Plus des deux tiers des Françaises s’habillent encore sur mesure à cette époque. Les maisons Lanvin, Chanel et Rochas sont parmi les couturiers les plus influents, et la haute couture reste le moteur de la mode féminine.
Costume masculin en 1920 : coupe et construction
Le vestiaire masculin évolue moins brutalement, mais des changements techniques sont déjà en cours. Le costume trois-pièces reste la norme pour toute apparition publique, de la journée de travail aux événements sociaux.
Les vestes se portent plus courtes qu’avant-guerre. Les épaules commencent à s’élargir légèrement par rapport aux coupes ajustées edwardiennes. Le pantalon, encore relativement étroit en 1920, s’élargira progressivement au fil de la décennie pour aboutir aux Oxford bags de la fin des années 1920.
Détails de construction du costume
Les revers sont de largeur moyenne, ni les revers en pointe très prononcés du début du siècle, ni les revers larges qui domineront les années 1930. Le gilet, troisième pièce du costume, se porte systématiquement et constitue un marqueur social fort. Les tissus privilégiés sont les tweeds, les flanelles et les lainages peignés.
Le col de chemise haut et rigide de type edwardien cède la place à des cols plus souples, souvent à pointes courtes. La cravate longue remplace définitivement le nœud lavallière comme accessoire standard. Les chapeaux restent omniprésents : feutres mous, canotiers en été, casquettes pour les milieux ouvriers.

Accessoires et chaussures : ce que portaient réellement les gens en 1920
Les accessoires complètent la tenue et révèlent autant que le vêtement lui-même le statut social du porteur.
Côté femmes, la coupe garçonne n’est pas encore généralisée en 1920. Les cheveux longs restent fréquents, souvent relevés en chignon bas. Le bob cut et les cheveux crantés se diffuseront massivement à partir de 1923-1924. Les chapeaux cloches, associés de manière iconique aux années folles, ne dominent qu’à partir du milieu de la décennie.
- Sautoirs de perles portés longs, souvent noués, qui deviennent le bijou signature de la décennie
- Escarpins à bouts ronds avec talons épais de hauteur modérée, parfois agrémentés d’une bride en T
- Sacs à main de petite taille, pochettes rigides ou réticules brodés pour le soir
- Chez les hommes, guêtres sur les chaussures basses, boutons de manchette et épingles à cravate comme marqueurs de raffinement
Les chaussures bicolores masculines, spectator shoes, apparaissent durant cette période et restent associées à l’élégance des années 1920.
L’habillement de 1920 se situe à un point de bascule. Les structures rigides de la Belle Époque sont en train de disparaître, la silhouette se simplifie, les matières deviennent plus souples. Mais la rupture radicale, celle que le cinéma nous montre comme emblématique de toute la décennie, n’arrivera que quelques années plus tard. Porter une tenue « années 20 » fidèle à 1920 signifie accepter une coupe plus longue et plus sobre que ce que suggèrent les soirées Gatsby.