Où placer son argent en cas de stagflation ?
Depuis le début de l’année 2025, le mot stagflation revient dans les notes d’allocation de plusieurs gérants institutionnels. La combinaison d’une inflation persistante et d’une croissance atone, observée à quelques reprises seulement depuis les années 1970, repose une question ancienne : où placer son argent quand la plupart des classes d’actifs souffrent en même temps ?
Pourquoi la stagflation pénalise davantage les portefeuilles classiques
Dans un régime de croissance faible accompagnée d’une hausse des prix, les obligations à taux fixe perdent de la valeur réelle tandis que les actions de croissance voient leurs multiples se comprimer. Le mécanisme est direct : la hausse des taux d’intérêt destinée à contenir l’inflation renchérit le coût du capital, ce qui pèse sur les valorisations.
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Les portefeuilles dits « 60/40 » (actions/obligations) ne jouent plus leur rôle de diversification. L’obligation, censée amortir les chocs sur les actions, subit elle aussi la pression des taux. Le résultat : actions et obligations baissent de concert en période stagflationniste.
Schroders note que les valeurs de croissance sont particulièrement exposées, alors que les styles quality et value, portés par des entreprises à forte rentabilité opérationnelle, résistent mieux. Ce constat pousse à réexaminer non pas seulement le choix d’actifs, mais le style d’investissement lui-même.
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Actif refuge en stagflation : une réponse trop simple à un problème complexe
L’or reste le réflexe le plus cité. Son cours tend à progresser lorsque l’inflation est élevée et en accélération. La relation est réelle, mais plus nuancée qu’un simple lien mécanique : l’or performe surtout quand l’inflation est à la fois haute et en hausse, pas dans toutes les configurations stagflationnistes.
Les matières premières au sens large présentent le même défaut de simplicité. Elles protègent contre le volet « inflation » du problème, mais restent sensibles à la composante « stagnation » : une demande qui faiblit finit par peser sur les cours du pétrole ou des métaux industriels.
Chercher un actif refuge unique revient à parier sur un scénario précis. Si l’économie bascule de la stagflation vers une récession franche, l’or peut tenir mais les matières premières cycliques décrochent. Si l’inflation reflue plus vite que prévu, ce sont les obligations longues qui rebondissent. Aucun actif isolé ne couvre l’ensemble des trajectoires possibles.
Portefeuille multi-régimes : allocation et gestion du risque de taux
Les recommandations récentes d’allocateurs institutionnels s’éloignent de la logique « un scénario, un actif » pour privilégier des portefeuilles conçus pour survivre à plusieurs régimes macroéconomiques à la fois. Cette approche repose sur trois piliers.
- Raccourcir la duration obligataire : privilégier les instruments de court terme ou à taux variable réduit l’exposition à la hausse des taux. Le cash et les placements monétaires retrouvent un rôle défensif réel quand les taux courts sont élevés.
- Intégrer des actifs réels privés : infrastructures, immobilier avec contrats indexés sur l’inflation, voire private equity sur des secteurs à pricing power. Ces actifs offrent des flux de revenus partiellement corrélés à la hausse des prix, avec une volatilité apparente plus faible que celle des marchés cotés.
- Préparer des scénarios de stress plutôt que des paris directionnels : tester le portefeuille sur plusieurs hypothèses (stagflation prolongée, récession déflationniste, reprise inflationniste) et ajuster les pondérations en fonction du niveau de perte acceptable dans chaque cas.
Cette grille diffère nettement des listes classiques « or, matières premières, immobilier » que l’on retrouve dans la plupart des guides grand public.
SCPI, immobilier locatif et placements indexés : ce que le terrain montre
L’immobilier est souvent présenté comme un placement anti-inflation naturel. En stagflation, la réalité est plus contrastée. La hausse des taux d’emprunt comprime les prix d’acquisition et peut réduire la rentabilité nette d’un investissement locatif financé à crédit.
Les SCPI, qui mutualisent le risque locatif, présentent l’avantage de contrats souvent indexés sur des indices de prix. En revanche, leur liquidité reste limitée : en période de tension, les délais de retrait peuvent s’allonger. Un placement indexé sur l’inflation n’est utile que s’il reste accessible quand on en a besoin.
Les obligations indexées sur l’inflation (OATi en France) offrent une protection mécanique du capital contre la hausse des prix. Leur limite : elles ne protègent pas contre la composante « stagnation » et leur rendement réel peut rester faible si les anticipations d’inflation sont déjà élevées au moment de l’achat.

Construire un portefeuille de stagflation sans parier sur la stagflation
Le paradoxe central est là : préparer son portefeuille à la stagflation ne signifie pas tout miser sur ce scénario. Les épisodes stagflationnistes historiques ont été relativement courts. Concentrer l’intégralité de son capital sur des actifs refuges expose à un coût d’opportunité élevé si le scénario ne se matérialise pas, ou si la sortie de crise emprunte un chemin différent.
Les données disponibles ne permettent pas de conclure qu’un régime stagflationniste s’installe durablement en 2025-2026. Les signaux sont ambigus : l’inflation reste au-dessus des cibles de plusieurs banques centrales, mais le marché de l’emploi n’a pas basculé dans une dégradation franche partout.
Plutôt que de chercher le placement miracle, l’approche la plus robuste consiste à diversifier par régime macroéconomique :
- Une poche de liquidité et d’obligations courtes pour le scénario de hausse des taux prolongée
- Des actifs réels (immobilier indexé, infrastructures) pour capter une partie de l’inflation
- Des actions quality/value pour maintenir une exposition aux entreprises capables de répercuter la hausse des prix sur leurs clients
- Une fraction en or comme couverture asymétrique, pas comme position dominante
La tentation de l’actif refuge unique est compréhensible. Elle donne l’illusion d’une réponse nette à une situation anxiogène. Un portefeuille qui fonctionne sous plusieurs hypothèses macro protège mieux qu’un pari concentré sur un seul régime, même si ce régime finit par se réaliser.