Quelle est la personne qui a le plus influencé le monde ?
Quand on cherche à identifier la personne qui a le plus influencé le monde, on se heurte immédiatement à un problème de périmètre. Comparer un fondateur de religion à un physicien ou à un chef militaire revient à mesurer des réalités incomparables avec le même mètre. La référence la plus citée sur le sujet reste le classement de Michael H. Hart, qui place Muhammad (Mahomet) en première position, devant Isaac Newton et Jésus-Christ.
Pourquoi le classement de Michael H. Hart reste la référence
La plupart des articles sur les personnalités les plus influentes de l’histoire reprennent, parfois sans le nommer, le travail de Michael H. Hart publié dans son ouvrage The 100: A Ranking of the Most Influential Persons in History. Ce classement a une particularité qui le distingue des listes grand public : il ne mesure pas la popularité ni la célébrité, mais la capacité d’une personne à modifier durablement le cours des événements.
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Hart place Muhammad en tête parce qu’il considère que son influence cumule plusieurs dimensions, à la fois religieuse, politique, juridique et militaire. Newton arrive en deuxième position pour avoir posé les bases de la physique moderne, de la mécanique classique à la loi universelle de la gravitation. Jésus-Christ occupe la troisième place, Hart attribuant une part de la diffusion du christianisme à Paul de Tarse plutôt qu’au seul fondateur.

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Ce choix de séparer l’influence d’un mouvement de celle de son initiateur est la décision méthodologique la plus contestée du classement. On peut la trouver discutable, mais elle a le mérite de poser une vraie question : mesure-t-on l’influence d’une personne ou celle du système qu’elle a engendré ?
Influence historique ou influence contemporaine : deux questions distinctes
Les résultats de recherche sur cette question mélangent deux réalités très différentes. D’un côté, les classements historiques évaluent l’empreinte sur plusieurs siècles. De l’autre, des listes comme le Time 100, publiée chaque année par le magazine Time depuis 1998, désignent les personnalités les plus influentes de l’année en cours.
Le Time 100 a mis en avant des figures comme Barack Obama, Vladimir Poutine, le pape François ou Angela Merkel. Ces personnalités ont un impact mesurable sur la géopolitique de leur époque, mais leur influence à l’échelle de l’histoire reste à évaluer.
La tendance récente pousse encore plus loin cette confusion. Certains classements contemporains s’appuient sur le nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux ou la fréquence des mentions en ligne. Des leaders comme Narendra Modi, Donald Trump ou Giorgia Meloni figurent parmi les plus influents en ligne. Mais la visibilité numérique ne mesure pas la transformation durable des sociétés.
Critères pour mesurer l’influence mondiale d’une personnalité
Plutôt que de chercher un vainqueur absolu, on peut identifier les critères qui permettent de comparer ces figures de manière plus honnête. Le classement de Hart, malgré ses limites, repose sur des axes concrets.
- L’étendue géographique de l’influence : une personne qui a transformé les pratiques sur plusieurs continents pèse davantage qu’une figure régionale, aussi marquante soit-elle
- La durée dans le temps : les fondateurs de religions ou les auteurs de découvertes scientifiques fondamentales conservent leur influence sur des siècles, là où un chef politique s’efface souvent en quelques décennies
- Le caractère irremplaçable : si cette personne n’avait pas existé, le changement se serait-il produit de la même manière ? Newton a synthétisé des travaux antérieurs, mais sa formalisation des lois du mouvement a accéléré la révolution scientifique de façon difficilement substituable
- L’influence directe contre l’influence relayée : Muhammad a exercé un rôle politique et militaire direct, tandis que l’influence de Jésus a surtout été amplifiée par des disciples et des institutions postérieures
Ces critères montrent bien que la question n’admet pas de réponse unique sans préciser le périmètre d’influence. Un scientifique comme Newton transforme notre compréhension du monde physique. Un fondateur religieux restructure les normes sociales de milliards de personnes. Un inventeur comme Gutenberg ou Cai Lun (inventeur du papier selon la tradition chinoise, présent dans le classement de Hart) modifie les conditions mêmes de la transmission du savoir.
Figures religieuses, scientifiques et politiques : pourquoi la comparaison déraille
On retrouve systématiquement dans ces listes un mélange de profils : Muhammad, Jésus-Christ, Bouddha et Confucius côtoient Newton, Gutenberg et des figures politiques. Ce mélange crée une illusion de classement alors qu’on compare des types d’influence fondamentalement différents.

L’influence religieuse touche les comportements quotidiens de milliards de personnes sur des siècles. L’influence scientifique restructure la technologie et l’économie. L’influence politique, même massive, reste souvent limitée dans le temps.
Paul de Tarse illustre bien cette difficulté. Placé à la septième position par Hart, il est considéré comme le principal architecte de l’expansion du christianisme. Sans lui, le message de Jésus serait peut-être resté un courant local du judaïsme. Faut-il alors attribuer l’influence du christianisme à Jésus ou à Paul ? Les retours varient sur ce point selon les historiens et les théologiens.
Cette ambiguïté s’applique à presque toutes les figures du classement. Confucius a posé des principes éthiques qui structurent encore des sociétés entières en Asie de l’Est, mais son influence a été relayée et parfois déformée par des siècles d’interprétation officielle.
Personnalité la plus influente : ce que les classements ne disent pas
Le vrai angle mort de ces listes, c’est qu’elles valorisent les individus identifiables au détriment des dynamiques collectives. Les révolutions agricoles, industrielles ou numériques n’ont pas de visage unique, mais leur impact dépasse celui de n’importe quelle personnalité isolée.
Le classement de Hart reste un outil de réflexion, pas une vérité scientifique. Sa valeur tient moins à l’ordre qu’il propose qu’aux questions qu’il force à poser : quel type d’influence compte le plus ? Sur quelle durée ? Pour combien de personnes ?
Si on prend la question au pied de la lettre, Muhammad arrive en tête du classement historique le plus cité, principalement parce que son rôle cumulait des dimensions religieuses, politiques et militaires directes. Newton et Jésus-Christ occupent les places suivantes pour des raisons très différentes. Mais réduire l’influence mondiale à un podium de trois noms, c’est accepter de simplifier une réalité qui ne se laisse pas classer aussi facilement.